Ésaïe, 40 / 1-11,
Deuxième épître de Pierre, 3 / 3-15a ;
Évangile selon Marc, 1 / 1-8 Chers amis, l'Avent n'est guère propice à l'invention… Les mêmes thèmes s'y retrouvent d'une année sur l'autre, l'attente, la patience, la préparation de la venue du Seigneur, le passage de l'Ancienne Alliance à la Nouvelle, et le passage de l'Église au Royaume… Chaque année ou quasiment, nous parcourons à nouveau quelques textes du prophète Ésaïe, toujours les mêmes. Sommes-nous donc condamnés à la répétition ? C’est vrai qu’un pasteur dit rarement des choses très neuves d’une fois sur l’autre ! Pourtant, le texte de ce matin est quand même un texte bien intéressant, bien original. L'avez-vous remarqué, en l'entendant à nouveau aujourd’hui ? Il y a deux personnages principaux dans cette prophétie : Dieu et la parole. On les cite autant l'un que l'autre. « Dieu », « l'Éternel », « le Seigneur ». Et puis la « voix », la « parole », les verbes « crier » et « proclamer ». Aussi, c'est là-dessus que je voudrais m’arrêter avec vous ce matin. Ne vous attardez pas sur le fait que nous sommes en Avent, malgré le violet du ruban de la Bible et la couronne, comme toujours habilement réalisée par Gisèle – merci à elle. Mais soyez d'abord attentifs au texte biblique. Après tout, c'est à travers lui que nous autres, protestants, nous attendons une parole ! Parole. Qui parle à qui ? Il y a une équation simple : Dieu parle à son peuple par le moyen de son prophète. Mais ici, cette équation s'avérerait simpliste : elle ne rend pas compte de notre texte. Allons donc écouter de plus près… Première scène. Dieu parle, il demande de « console[r s]on peuple ». Ce n'est donc pas à son peuple qu'il parle. Est-ce au prophète ? Non : le prophète est ici seulement celui qui retranscrit, qui transmet cette information. Il n'est que le témoin, pour nous, de ce qui se passe sans lui – ce qui n'est pas forcément toujours le cas avec les prophètes. Alors qui ? Peut-être Dieu parle-t-il ici au roi, peut-être aux prêtres… Peut-être aux pasteurs !… Dieu demande aux pasteurs de proclamer sa grâce, c’est-à-dire la fin de la punition, l'extinction de la peine, de la vengeance. Mais Dieu n'est-il pas à la fois le législateur et le juge, celui qui dit la Loi et celui qui condamne les transgresseurs ? D'ailleurs, les derniers dimanches avant l'Avent nous proposent des textes pour réfléchir sur le Jugement, le grand, le « Dernier », tout ça avec des majuscules ? Et notre théologie se perd : nous ne savons plus que penser… Alors, Dieu condamne, ou Dieu ne condamne pas ? La Loi sert à faire joli, ou bien à dire la faute des coupables ? Si la Loi n'est rien, pourquoi Dieu l'a-t-il donnée à Moïse, pourquoi tient-elle tant de place dans la Bible, pourquoi la proclamer à chaque culte avant de se reconnaître en faute par rapport à elle ? Et si la Loi sert à condamner les pécheurs, à quoi sert donc Jésus-Christ, qu'en est-il de la grâce, et pourquoi avoir voulu être protestants, défenseurs du salut par grâce seule ? Je ne dis pas que la question est simple. Ce que je dis aujourd'hui, c'est ce que vous avez bien entendu dans le texte : Dieu me demande de vous dire que le jugement est passé, qu'il est derrière nous. Les plus humanistes d'entre vous me demanderont peut-être quelle était la faute… Ce qu'ils peuvent constater avec moi, c'est en tous cas le fruit de cette faute – appelez-le la punition si vous voulez : il manque de nombreuses personnes ici pour que ce temple soit plein ! Ne me faites pas la liste des raisons, depuis l’air du temps jusqu’à l’incompétence des pasteurs ou l’indisponibilité des conseillers ; ce sont des prétextes. De l'Exil à Babylone jusqu'à la déchristianisation de l'Europe occidentale, en passant par le Désert huguenot, le fruit est le même, la prédication évangélique est la même, et il n'y a pas d'autre coupable que le peuple infidèle à son Dieu, et qui se retrouve décimé. Mais le prophète ici ne remue pas le couteau dans la plaie, il se fait évangéliste, c’est-à-dire qu’il porte une bonne nouvelle, et il me demande de vous la répercuter : il me fait vous dire que c'est fini ! Quelle qu'ait été la faute, quelle qu'ait été la punition, et que nous soyons d'accord là-dessus ou pas : c'est fini ! Il y a donc désormais du neuf qui va pouvoir commencer, il y a désormais de la vie qui peut reprendre. Dieu n'est plus un Dieu lointain, distant, il est à nouveau et désormais « votre Dieu », il est désormais « notre Dieu », comme le texte le dit explicitement en adjoignant toujours un possessif au mot « Dieu ». C'est fini : tout peut redémarrer. Il n'est plus temps de se lamenter, mais de… de quoi faire, au fait ? Écoutons la suite, pour savoir. Deuxième scène. « Une voix crie dans le désert. » Pourquoi pas à Jérusalem ? Le « cœur de Jérusalem » à qui je devais m'adresser selon la première scène serait-il au désert plutôt qu'au temple ? Non. C'est que Jérusalem, la « haute montagne », est désormais au même niveau que n'importe quelle vallée. C'est bel et bien la venue de Dieu que la voix proclame dans le désert, là où Israël ne peut que se nourrir de ce que Dieu donne, ou bien mourir. Mais cette fois, c'est « toute chair à la fois » qui connaîtra l'Éternel, pas seulement son peuple, pas seulement le « petit troupeau », pas seulement le groupe privilégié des lecteurs de la Bible ou des assidus au culte. L'enjeu de cette nouvelle existence rendue possible pour vous, peuple de Dieu, ce n'est pas votre relation avec Dieu – parce que, ça, c'est fait – mais l’enjeu, c'est la relation du monde avec Dieu ! « Une voix crie dans le désert. » La voix de qui ? La voix des pasteurs ? La voix des chrétiens ? En tous cas une voix qui peut dire de l'Éternel : « notre Dieu ». « Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu, l'Éternel Un », proclamait Moïse (Deut. 6 / 4). Cette voix, la voix d'Israël, c'est aussi pourtant celle de Paul quand il écrit : « il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes Un en Christ Jésus » (Gal. 3 / 28). Cette voix particulière proclame la fin du particularisme, l'accomplissement de l'élection d'Israël dans l'union des contraires, la mise à niveau, au même niveau, des montagnes et des vallées… Cette voix pourrait être la vôtre. Ce devrait être la vôtre. La particularité du peuple de Dieu, c'est donc de dire et de proclamer paradoxalement que « Dieu ne fait pas acception de personne » (Gal. 2 / 6). Il peut le dire avec d'autant plus de tranquillité et d'assurance joyeuse pour lui-même qu'il a reçu la prédication de la première scène : il sait qu'il est gracié, qu'il est sauvé. Or, chers amis, qu'il me soit permis de le constater : nous aimons tellement les montagnes et les vallées…! Naturellement, comme Jérusalem, nous nous plaçons nous-mêmes, protestants réformés, bien en haut. Serait-ce pour compenser le fait que nous doutons de notre salut, et de l'appel de Dieu ? Si nous lui faisons confiance, pourquoi vouloir nous protéger dans nos propres murs, nos traditions et nos manières de faire héritées du passé ? Troisième scène. Désarroi. Échange de voix qui n'ont plus de sujet, plus de bouche ! « Une voix dit »… « Et une dit »… Un autre, sans doute. Peuple de Dieu, tous confondus, pasteurs et fidèles, qui tournent en rond : après tout, c'est ça aussi, le désert ! Désarroi, et désillusion. « Que crierai-je ? Toute chair est comme l'herbe… » Autant dire que plus rien ne vaut la peine. On croirait entendre Josué (24 / 19) dire à son peuple qu'il n'est pas capable de ne pas pécher : « Vous ne pourrez pas servir l’Éternel, car c’est un Dieu saint, c’est un Dieu jaloux »… Dieu trop jaloux ? Ou son peuple trop volage plutôt, mais de toute façon « c'est dans les gènes » !… Alors, sommes-nous renvoyés à la culpabilité, après avoir entendu la parole de la grâce ? Allons-nous donc tourner en rond et sombrer dans la défaite ? Lorsque le prophète reprend enfin la parole, c’est pour dire que c'est vrai. C'est vrai que les humains sont fragiles, faillibles, et les croyants tout autant que les autres. Mais il y a la parole de Dieu qui, elle, tient bon. Les croyants, ce ne sont pas des gens qui font des efforts pour croire et servir. Ce sont au contraire des gens qui connaissent l'effort de Dieu pour eux, et qui s'appuient dessus, qui ne se laissent pas démonter, parce que justement ce ne sont pas leurs capacités qui sont en jeu, mais celles de Dieu. Or, Dieu est Dieu. S'appuyer sur Dieu, quelque faible qu'on soit, quelque petite Église, ridiculement petite, qu'on soit, s'appuyer sur Dieu suffit à notre mission. La foi suffit à notre mission. Nécessaire… et suffisante ! Quatrième scène. Le prophète garde la parole et il dit à Jérusalem de prendre la parole. Car les pasteurs ont prêché, le peuple a entendu, le peuple a réfléchi, le peuple a conclu, ou plutôt la Bible a conclu, le peuple doit maintenant faire son travail : annoncer aux « villes de Juda », c'est-à-dire au pays, aux environs, annoncer à ceux qui sont là autour de nous, que notre Dieu est leur Dieu, que, non, ils ne le méritent pas, mais que, oui, le jugement est passé, et que maintenant c'est le bon berger qui vient, et qui s'occupe des faibles, des incapables, de ceux qui ont besoin de lui. L'Avent, ce n'est pas pour Jérusalem, c'est pour Juda. L'Avent, ce n'est pas pour l'Église, c'est pour le monde. L'Église, elle, elle vit le temps de l'Esprit, c'est-à-dire elle témoigne – ou alors c'est qu'elle n'est pas l'Église, c'est qu'elle n'est qu'une secte passéiste qui ne présente aucun intérêt. C'est le monde qui vit l'Avent. C'est le monde qui vit une attente qu'il ne comprend pas. Mais le monde ne peut vivre cet Avent que si l'Église fait son travail, que si l’Église accomplit sa mission. « Crie ! » « Proclame ! » Nulle part il n'est donné comme mission de se taire, de ne se parler qu'entre soi, ou seulement avec l'Église d'à-côté. Nulle part il n'est dit que l'Église doit se faire une raison de son péché et de celui des autres. Le prophète aujourd'hui nous retransmet un ordre. Il ne dit pas « crie si tu en as la force » ou bien « crie si ce sont tes amis qui écoutent » ni non plus « crie si tu n'as rien d'autre à faire », etc. Car il nous dit juste : « [tu] es graciée », « crie », « dis à la ville de [Saumur] : “ voici votre Dieu” ». Il n'y a aucun argument d'aucune sorte qui soit encore recevable après Ésaïe 40 ! C'est chacun d'entre nous qui reçoit dans la même parole de Dieu à la fois son pardon et sa mission, et ce depuis notre baptême. Eh bien, c'est la même chose pour notre Église ! « Écoute ! Dieu nous parle… » C’est le mot d’ordre des Églises réformée et luthérienne de France à l’occasion de leur union. Parce que le temps n'est plus à la lamentation, mais à l'action. Et cette action se décline en deux mots – je n'ai pas dit en deux temps : la confiance en Dieu, et la mission. « Veillez donc, et priez » (Luc 21 / 36), afin que soit éclairé votre Conseil presbytéral, et toute votre communauté. Priez et témoignez, puisque c'est la seule chose que vous ayez à faire qui vaille la peine. N'attendez pas d'avoir plus que ce que vous avez, un meilleur presbytère, un meilleur pasteur, un meilleur Conseil presbytéral, une meilleure vie communautaire, de meilleures finances, une meilleure piété – que sais-je encore ?… Car « vous avez tout pleinement en Christ. » (Col. 2 / 10) Amen. Saumur - David Mitrani - 4 décembre 2011 « La Sagesse ne crie-t-elle pas ? » Et pourtant la moitié des vierges qui attendent l’Époux n’a guère usé de sagesse… Peut-être ne l’avaient-elles pas entendue ? « Une voix crie dans le désert : “Ouvrez le chemin de l’Éternel, Nivelez dans la steppe Une route pour notre Dieu. ” » (Ésaïe 40 / 3) Mais ici, dans les Proverbes, cette voix n’est pas dans le désert, mais en pleine ville, là où il y a plein de gens, des gens qui font ce que tous les gens font dans une ville, ils errent chacun sur son chemin alors qu’il y en a des milliers d’autres juste à côté à faire la même chose, téléphone portable collé à l’oreille, ou semblant parler tout seul si le téléphone est doté d’une oreillette, tout en lisant le journal et en écoutant de la musique de l’oreille restée libre. Manège infernal parce qu’insensé et sans fin : il n’y a aucune raison que ça s’arrête, puisque ça n’a pas de sens… « Stupides, apprenez le raisonnement ! Fous, apprenez le cœur ! » Chez le prophète Ésaïe, c’est Jérusalem qui crie : « Monte sur une haute montagne, Sion, messagère de bonheur ; Élève avec force ta voix, Jérusalem, messagère de bonheur ; Élève-la, sois sans crainte, Dis aux villes de Juda : “Voici votre Dieu !” » (És. 40 / 9) Et le message est clair : Dieu vient, il faut lui ouvrir la route, il faut s’y préparer… Les dix sont là qui attendent, elles sont là pour ça, c’est leur fonction, leur vocation, leur utilité, le sens de leur vie. Les dix sont là pour ça, et cinq ne sont pas prêtes… C’est comme dans le psaume : « Ils disent : “L’Éternel ne regarde pas, Le Dieu de Jacob ne fait pas attention !” Faites attention, stupides gens ! Insensés, quand serez-vous sages ? » (Ps. 94 / 7-8) Elles sont là pour attendre et fêter la venue de Dieu, et elles n’y croient pas… Mais, vous me direz : “ si, elles y croient, mais c’est seulement qu’elles n’ont pas d’huile pour leurs lampes ”… C’est pareil. L’un n’est pas même la cause ou la conséquence de l’autre, mais c’est la même chose : ce qui leur manque, c’est la foi ! “ Mais non : elles ont la foi, puisqu’elles sont là ! ” Qu’est-ce qui leur manque alors ? Certes, elles confessent la venue du Seigneur. Certes, elles confessent qu’il est le Seigneur ! Mais elles n’en tirent aucune conséquence, sauf d’être là. Seulement voilà : quand le Seigneur arrive, elles ne sont… pas là ! Avant, oui, elles y sont, alors que tant d’autres sont ailleurs ! Avant, on croit savoir où est la différence entre “nous” et “eux” , entre dedans et dehors. Avant, on croit être dedans, et on déplore que les autres soient dehors. Avant. Avant que le Seigneur ne vienne en personne. Connaissez-vous les deux derniers versets de la Bible ? Le dernier est une bénédiction. Le précédent dit ceci : « Celui qui atteste ces choses dit : “Oui, je viens bientôt.” Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » (Apoc. 22 / 20) Voilà pourquoi les vierges attendent l’Époux : elles croient à cette promesse, elles croient à ce qu’elles ont lu dans la Bible… Elles y croient et elles n’y croient pas. Elles ont la lampe : la Bible. Rappelez-vous encore les paroles du psalmiste, certains d’entre vous les ont peut-être affichées dans leur maison : « Ta parole est une lampe à mes pieds, une lumière sur mon sentier. » (Ps. 119 / 105) Nous sommes de ceux qui ont la lampe. Avons-nous pour autant la sagesse pour la faire fonctionner ? Après tout, ce qui manque aux insensées, c’est le sens, non ? Nous n’avons pas le mode d’emploi. Et ça sert, un mode d’emploi ! Moi qui ai peu de sens pratique – ce n’est rien de le dire – si vous me donnez un appareil, par exemple un thermostat pour régler la chaleur dans un temple, sans son mode d’emploi, eh bien vous aurez froid ! Cinq des dix vierges ont fait exactement comme si elles ne savaient pas faire marcher leurs lampes ! Elles les ont achetées, et sûrement de très belles lampes – parce que, quand même, c’est le Seigneur qui vient… ! Mais elles n’ont pas su qu’il fallait prévoir de l’huile… Pourtant, c’était écrit sur le mode d’emploi : « ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent ! » (Luc 16 / 29) Ils ont la Bible : c’est la lampe. Qu’ils les écoutent : c’est l’huile pour la faire marcher… Qu’est-ce que la Sagesse nous dit d’elle-même, en dehors du fait qu’elle sert à tout le monde, même aux plus grands – quand ils l’écoutent ! Elle nous dit qu’elle était là « au commencement ». « J’étais à l’œuvre auprès de [Dieu] », nous dit-elle. Et « au commencement », qui donc était là ? « L’Esprit de Dieu planait sur la face des eaux » La Sagesse, l’huile de la lampe, c’est l’Esprit de Dieu. La Bible, c’est la lampe, et l’Esprit, c’est l’huile. La lampe sans huile ne sert à rien, sinon à être décorative. La Bible sans l’Esprit ne sert à rien, sinon à être décorative aussi… Si tant est qu’un livre soit décoratif… Mettez plutôt des fleurs ! L’huile de la lampe, ce n’est donc pas la lecture ! Dans la petite histoire, racontée par Jésus, du riche et du pauvre Lazare, quand Abraham répond au riche la phrase que je vous ai rappelée sur « Moïse et les Prophètes », évidemment ça ne veut pas dire que les gens pieux de l’époque ne lisaient pas la Bible. Mais lire la Bible sans l’Esprit de Dieu, c’est comme frotter la lampe au lieu de l’allumer ! Or la Bible n’est pas la lampe d’Aladin, et aucun génie n’en sortira… (Mais de ça on reparlera cet après-midi, pour ceux qui resteront.) D’où nous vient la sagesse pour comprendre les Écritures ? D’où nous vient la sagesse pour attendre le Seigneur ? D’où nous vient la sagesse pour que cette attente soit fertile et qu’elle témoigne du Seigneur que nous attendons ? Pas de nous-mêmes ! Sinon nous n’aurions pas besoin des Écritures, notre prétendue lumière intérieure y suffirait. Or nous n’avons pas cette lumière. Les dix vierges, en tout cas, ne l’avaient pas – et nos Réformateurs ont fermement condamné autrefois ceux qui pensaient l’avoir et prétendaient ainsi se passer de la Bible ! Cette sagesse est celle de Dieu, et elle « trouve [ses] délices parmi les êtres humains ». Elle est le principe de la création non pas pour le ciel ou la terre, mais sur la terre pour les humains, pour vous et moi. Si la Bible est une lampe pour nous, alors elle fait des lecteurs de la Bible des lampes pour les autres. Mais pour nous lorsque nous lisons, et pour nous lorsque nous « brillons », c’est la sagesse de Dieu, c’est l’Esprit de Dieu, qui est à l’œuvre. Sinon la Bible ne donne pas de lumière, ni nous non plus… Mais pourquoi avons-nous besoin de l’Esprit de Dieu pour lire la Bible ? N’est-ce pas Dieu, en effet, qui en est l’Auteur ? N’est-ce pas lui qui l’a inspirée aux écrivains sacrés ? Amen ! La limitation n’est pas dans son œuvre, mais dans notre tête et dans notre cœur. Et s’il a éclairé les auteurs, il faut aussi qu’il éclaire les lecteurs. Ne l’en avons-nous pas prié tout à l’heure, avant même de lire les textes ? Mais en quoi cela consiste-t-il, de lire la Bible avec l’assistance du Saint-Esprit ? En fait, il y a plusieurs niveaux de lecture. Le premier, c’est déjà de faire attention à ce que dit le texte que nous lisons, à ce qu’il raconte, à ce qu’il enseigne, aux liens qu’il tisse avec d’autres textes bibliques, etc. Ce que nous faisons spontanément pour n’importe quel livre que nous lisons, n’importe quel courrier que nous recevons… mais que nous oublions parfois de faire pour la Bible ! Il y a bien sûr ceux qui la récitent par cœur sans plus faire attention aux mots. Il y a ceux qui lisent bêtement. – Ça me fait penser, vous savez, à La Belle au bois dormant dans la version de Walt Disney. À un moment, les trois fées font la cuisine sans leur magie, elles lisent bêtement le livre de recettes, et quand il est écrit de mettre les œufs, elles les mettent avec la coquille, puisque ce n’est pas écrit de l’enlever d’abord… ! Parfois, voilà, nous lisons aussi la Bible comme ça… Mais vous, je suis sûr que vous avez appris à vos enfants à cuisiner intelligemment, en sachant lire les recettes, en connaissant les ingrédients, en sachant s’équiper des bons ustensiles, et toute cette sorte de choses. Et vous n’avez pas besoin de l’Esprit de Dieu pour ça, ni eux non plus. Nous pouvons donc lire la Bible, sans doute, de 36.000 manières. Mais il y a des manières qui sont incongrues et contre-productives. Si vous mettez de l’eau et une plante dans votre lampe à huile, il est certain qu’elle n’éclairera jamais, même si c’est très joli… Mais même si vous ne vous en servez pas de pot de fleurs, si vous la nettoyez et la préparez comme lampe, si même vous y mettez tout ce qu’il faut, hormis l’huile, elle n’éclairera tout de même pas… La Bible peut vous raconter – à sa manière qui a peu de choses à voir avec la science historique occidentale – les événements significatifs pour la foi d’Israël et pour celle des premiers chrétiens. Selon que vous la lisez en cherchant à retrouver l’histoire, à trouver une morale, à justifier ou à critiquer des comportements ou des doctrines, à avoir une certaine image de Dieu et de la religion, alors oui, vous trouverez des réponses, vous trouverez même des réponses contradictoires, car les questions et les réponses sont humaines et diverses… Ceux qui lisent ainsi vous diront – et vous l’avez peut-être constaté vous-mêmes – que dans la Bible on trouve tout et son contraire. Mais ils ont tort, bien sûr : c’est qu’ils ne savent pas lire, ils lisent sans sagesse, ils lisent sans l’Esprit de Dieu. « L’Église réformée de France […] affirme l'autorité souveraine des Saintes Écritures, telle que la fonde le témoignage intérieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elles la règle de la foi et de la vie . » Ainsi s’exprime notre Déclaration de foi. C’est-à-dire, entre autres, que l’Esprit de Dieu donne autorité à l’Écriture sainte, il lui donne poids et efficacité sur et contre ce qui s’oppose en nous à la Parole de Dieu, de telle sorte qu’à travers elle ce soit Dieu lui-même qui vienne régler notre foi et notre vie. Pour que la Bible soit plus qu’un livre religieux, moral ou historique, il faut que son Auteur parle directement, personnellement, au lecteur, à chaque lecteur. Parce que Dieu n’a pas un message général, mais une parole particulière à adresser ici et maintenant à chacun d’entre nous, une parole différente à chacun, une parole différente aussi selon les moments. Dieu n’est pas un livre, mais une personne vivante qui vient vers nous, qui vient comme étant le Seigneur de nos vies et du monde. La Bible crie que le Seigneur vient, qu’il vient dans le monde, qu’il vient dans nos vies, pour s’y établir, pour y être chez lui. Pas un invité du dimanche matin ou du quart d’heure religieux de nos journées. Je ne sais pas ce que Dieu vous aura fait entrevoir aux uns et aux autres à l’occasion de ce texte biblique, non plus que d’aucun autre. Mais ce que je sais, c’est qu’aussi intéressante soit-elle, la lecture sans l’Esprit ne sert pas à vivre, donc ne sert à rien. « La lettre tue, mais l’Esprit vivifie… » (2 Cor. 3 / 6) Demandez donc à Dieu son Esprit. « Le Père céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » (Luc 11 / 13) Laissez la Sagesse de Dieu jouer avec votre esprit, avec votre théologie, avec votre bonne morale, et avec vos péchés et vos incohérences aussi. Laissez-la vous ouvrir à une vraie Parole. « Celui qui me trouve a trouvé la vie », proclame-t-elle. Ne soyons pas parmi les cinq vierges folles, qui attendaient l’Époux sans y croire, sans s’y être préparées, avec une Bible sans Parole. Rappelez-vous la simple demande de Samuel enfant, en réponse à l’appel entendu sans être compris : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute. » (1 Sam. 3 / 9-10) Amen. Saumur - David Mitrani - 6 novembre 2011
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