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24 janvier 2012 8 janvier 2012 12 février 2012 Télécharger
12 février 2012 24 janvier 2012 8 janvier 2012Prédications
Marc I 40,45 Levitique XIII 1,2 et
45,46. Lèpres d’hier et d’aujourd’hui Dans les premiers versets de l’évangile de Marc, Jésus se fait baptiser, part au désert subir la tentation, recrute ses premiers disciples et commence son ministère en prêchant dans les synagogues. Il soigne des démoniaques et la belle mère de Pierre, ce qui lui vaut rapidement une solide réputation de Thaumaturge dans la Galilée. Au moment où commence le récit d’aujourd’hui, Jésus proclame : « Allons dans les bourgades voisines afin que j’y prêche aussi ». A ce stade « pré-messianique » de son ministère, Jésus voudrait prêcher et non faire des guérisons miraculeuses. Il ne veut pas être pris pour un super-thérapeute, un faiseur de miracles, car il serait nuisible à sa prédication que les foules accourent vers lui comme on va au spectacle. Jésus n’est pas un bateleur de foire et il veut annoncer le Royaume, pas réunir des badauds autour de guérisons miraculeuses. Seulement voilà….sa réputation le précède et un lépreux l’attend sur le chemin, et dans un élan de foi se jette sur lui : « si tu le veux tu peux me rendre pur ». Cette démarche est saisissante car l’impureté d’un lépreux est définitive. Ca n’est pas comme l’impureté provisoire d’une femme en couche ou d’un homme ayant touché un cadavre, impureté qui fait l’objet d’un rite de purification et qui permet à l’impur de reprendre sa place dans la société, avec un label dûment donné par un prêtre. Non, la lèpre est une maladie divine, dont seul Dieu détient la clé. Moïse a eu la main blanchie par la lèpre et fut guéri par Dieu. Myriam, la sœur de Moïse, Naaman le Syrien, Ghéhazi le serviteur d’Elisée ont eu la lèpre pour avoir déplu à Dieu et furent guéris par lui en signe de pardon. Dans la démarche du lépreux il y a une terrible transgression car au lieu de s’éloigner en criant « impur, impur », comme le lui commande la loi, il attend Jésus. Pire, il le touche, lui transmettant son impureté, ce qui devrait obliger Jésus à attendre, et, si non contaminé, à se faire purifier. Jésus, touché par le lépreux devient impur et ne peut plus continuer son ministère jusqu’à nouvel ordre. La réaction normale d’un Juif serait la colère, mais Jésus est ému de compassion, « pris aux entrailles » dans la traduction Chouraqui. Jésus s’identifie au lépreux qui vient de transgresser la loi, et à son tour il transgresse cette loi qu’il est venue accomplir ; il touche le lépreux, comme il a touché la belle-mère de Pierre, car les actes sont parfois plus importants que les paroles. Il aurait pu reculer et guérir le lépreux à distance, comme il le fera avec l’enfant de Jaïrus ou avec l’enfant de la femme Syro-phénicienne, ou avec Lazare. Guérir d’une parole, même à distance, il sait le faire. Non, il étend la main en signe de sympathie, ce qui est déjà en soi un signe de réhabilitation sociale, de restauration de l’humanité d’un paria. Jésus, en prime, guérit ce lépreux et le restaure dans son corps. Reste la restauration religieuse, qui est du domaine des prêtres, car la guérison doit être authentifiée avant que l’homme soit pleinement réintégré dans la société. Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, il la malmène, mais il la suit, et dans l’intérêt du lépreux il lui dit : « Va te montrer au sacrificateur ». Jésus sait que cela va lui nuire, qu’on va l’accuser de blasphème pour être rentré dans le champ d’application de Dieu. Qu’il chasse des démons, passe, qu’il guérisse des malades, passe encore, mais qu’il guérisse des gens que Dieu a puni par la lèpre, cela ne passera pas et Jésus, au tout début de son ministère, aurait volontiers fait l’économie d’un scandale qui va mobiliser le temple contre lui. Qui plus est Jésus recommande la discrétion au miraculé, afin de poursuivre calmement sa prédication, mais le lépreux en décidera autrement… Jésus est venu prendre nos péchés, les endosser à son compte pour nous sauver. Cela nous le savons parce que nous avons lu l’évangile de Marc jusqu’au bout, mais au moment où se déroule cette guérison Jésus n’a pas annoncé sa messianité, et les choses vont plus vite que prévu. Jésus, fils de Dieu, pleinement Dieu, a parfaitement le droit de guérir cet homme, car il est pleinement homme également, et ce lépreux est son frère. Il serait inconcevable qu’il ne guérisse pas ce lépreux dés lors qu’il est venu sur terre pour accomplir la Loi et sauver les pêcheurs qui le reconnaissent comme le messie. Or, la foi bouleversante de ce lépreux montre qu’il a compris que Jésus n’était pas un simple rabbin itinérant à succès. Ecoutons à ce sujet le commentaire de Valette : « Son geste ne peut s’expliquer que par la confiance totale et passionnée qui l’habite…le contenu de cette foi est à peu près nul si nous le comparons au contenu de notre foi de chrétiens. L’intensité de notre confiance est à peu près nulle si nous la comparons à l’intensité de la sienne ». Ce lépreux est un des premiers convertis dont nous parle Marc, et paradoxalement Jésus le chasse, vers les prêtres, afin de lui rendre pleinement sa liberté. Oui Jésus est venu pour nous relever, pour prendre sa part de nos souffrances, ce qui le conduira lui-même à être exclu, persécuté, radié du monde des vivants. Au Golgotha il emportera avec lui la lèpre du monde afin que nous ne soyons plus lépreux. Avec cette belle histoire que nous raconte Marc, Dieu nous invite à la transgression. Je ne sais plus quel pasteur disait : « Je ne me sens jamais aussi près de Dieu que quand je transgresse ». Sans doute militait-il à la Cimade, à l’action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ou à toute autre mouvement de résistance comme l’ont fait les pasteurs allemands de l’église confessante, qui refusaient l’allégeance à Hitler. C’est notre rôle individuellement et en Eglise de transgresser la Loi si celle -ci est incompatible avec notre foi. Les prêtres et pasteurs qui donnaient de faux certificats de baptême aux enfants juifs sous le régime de Vichy transgressaient la loi, au péril de leur vie. Un autre message que nous adresse Dieu dans ce texte, en cette période de crise économique et de grands froids, est de savoir regarder en face la misère de nos frères. Jésus aurait pu passer son chemin, car, rappelons- le son intention était de prêcher, pas de se fâcher si tôt avec le temple. Au contraire, à cause du lépreux il devra se cacher car les foules vont venir solliciter des guérisons-spectacle. Oui, mais c’est comme ça. Une rencontre est souvent inattendue, et si nous croisons un SDF en faisant nos courses, nous sommes invités à le voir, pas à changer de trottoir. Si nous lui faisons l’aumône, nous devons le regarder en face, pour le restaurer dans sa dignité d’homme exclu, nous pouvons le saluer, échanger quelques mots avec lui pour que l’exclusion connaisse une parenthèse. Les maraudeurs du SAMU social le savent bien, parler avec un sans abri, s’inquiéter de lui, lui faire un petit cadeau, c’est le relever un peu. Le pire que nous puissions faire est de ne pas le voir ; ce lépreux des temps modernes, paria de notre société, invisible pour ceux qui sentent peser sur eux leur culpabilité, pourrait être notre fils tombé dans la drogue, notre voisin ayant perdu graduellement emploi, maison, famille et amis avant de se retrouver à la rue. Ne fuyons pas leur regard, et comme le Christ, voyons-les, touchons-les car ce sont nos frères en humanité, et que chez eux comme chez nous, il y a une parcelle de souffle divin. Nous n’avons pas prévu de les voir mais il ne faut pas que nous soyons gênés ; au contraire réjouissons-nous de les rencontrer car nous pouvons leur faire chaud au cœur rien qu’avec un sourire, et manifester ainsi que nous avons entendu Dieu en lisant l’évangile de Marc. Parler à un mendiant c’est nous rappeler que Jésus est venu pour nous sauver, tous, riches et pauvres, et que dans le royaume de Dieu il n’y a pas d’exclus. Chaque société a ses lépreux, les intouchables en Inde, les apatrides dans les camps de transit ou dans les aéroports, les travailleurs émigrés asiatiques dans les émirats de Golfe Persique, les réfugiés politiques qui traînent de camps de réfugiés en camp de réfugiés en Afrique, les routards chez nous, qui demandent d’être restaurés dans leur dignité. Si Jésus croisait leur chemin, il les verrait alors que notre société les voudrait transparents. Le lépreux est transparent, on doit l’éviter, et il doit nous éviter, mais un regard, un sourire, un geste peut le faire renaître dans notre société prétendument civilisée. Quand un papou de Nouvelle Guinée vient faire chez nous une visite anthropologique inversée, ce qui le frappe le plus chez nous c’est l’indifférence des gens à l’égard des sans abris. Ils ne comprennent pas que tant de richesse côtoie tant de misère. Quand les premiers Indiens d’ Amérique furent introduits en France, peu après Christophe Colomb, le capitaine d’une caravelle qui remontait la Seine en direction de Paris eut l’idée de leur montrer la Cathédrale de Rouen, histoire de leur en mettre plein la vue. Réaction des « sauvages » : Qui sont tous ces estropiés qui mendient à la porte de votre église ? Chez nous il n’y a pas de mendiants car tout le monde s’occupe de tout le monde. Quelques siècles plus tard, nos visiteurs Papous diront la même chose, comme quoi nous n’avons pas progressé, et le Royaume de Dieu est toujours aussi loin de nous. Et pourtant nous sommes une civilisation chrétienne, mais c’est comme si nous lisions la bible sans y entendre la voix de Dieu. Lors de la dernière émission de présence réformée sur RCF Anjou, enregistrée la semaine dernière sur le thème sulfureux « Et Dieu dans le bible », je me faisais l’avocat du diable en disant que la bible est pleine de contradictions, d’inexactitudes, d’exagérations, d’influences étrangères, qui ne résistaient pas à la confrontation historique et archéologique, et inlassablement notre pasteur répondait que tout cela est sans importance, que Dieu a tenu la main des scribes, prophètes et apôtres qui ont rédigé les deux testaments. Même si ces rédacteurs ont été influencés par le contexte historique, même s’ils ont subi des influences venues d’autres civilisations, c’est Dieu qui nous parle dans la bible. Encore faut-il pour l’entendre, avoir en nous le Saint-Esprit, qui seul peut nous donner à entendre Dieu dans tout ce fatras venu d’un autre âge et d’une autre culture. Oui Dieu nous parle par l’écriture de Marc, et il nous invite à la transgression, à oser regarder l’autre, même quand nous sommes pris au dépourvu. Amen. Saumur - Philippe Cleirens - 12 février 2012
12 février 2012 . . .
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